
Mythe : Les soins prodigués aux mourants coûtent de plus en plus au système de santé
La fin du mythe – juin 2003
Dans l’incessante recherche des causes de l’augmentation des budgets de santé, on accuse un certain nombre de facteurs, notamment le vieillissement de la population et le caractère onéreux des nouvelles technologies. L’idée que les systèmes de santé dépensent de plus en plus pour prodiguer des soins intensifs et énergiques aux patients âgés qui en sont aux derniers mois de leur vie est largement répandue. Ces « efforts héroïques » pour traiter les mourants deviennent, toujours selon le mythe, un facteur de dépenses plus important que par le passé, en raison de la disponibilité de technologies plus coûteuses.
L’image d’une équipe de médecins, d’infirmières et d’autres professionnels de la santé s’affairant autour de patients âgés munis des meilleurs médicaments et des meilleurs équipements est une image facile à exploiter, mais dans quelle mesure reflète-t-elle la réalité?
Trente ans de données probantes
L’idée que les coûts du traitement des mourants font monter les budgets de santé n’est pas nouvelle, mais il est aussi vrai qu’elle a été défaite par plus de 30 ans de données probantes. La recherche sur les dépenses de santé indique que les coûts des soins prodigués en fin de vie ne constituent qu’une mince partie du coût total des systèmes de santé. Des études menées en Amérique du Nord et en Europe révèlent que les coûts des soins actifs durant la dernière année de vie comptent pour 10 à 12 % du total des budgets de santé. i, ii
Le régime américain d’assurance-santé, qui couvre seulement les soins pour les aînés, a été particulièrement bien étudié. Des recherches datant des années 1970 ont démontré que la proportion de personnes âgées qui meurent chaque année, de 5 à 6 %, représente de 27 à 30 % des coûts des programmes de traitement des aînés. iii- vi
Des chiffres constants depuis les années 1960
Le mythe perdure pour deux raisons. Premièrement, le nombre grandissant d’aînés dans la population a engendré la crainte que les coûts pour les soigner submergent le système — mythe réfuté par un précédent numéro d’À bas les mythes sur le vieillissement de la population. vii Deuxièmement, l’amélioration récente des soins, largement attribuable à l’avènement de technologies nouvelles et coûteuses, laisse supposer qu’on se sert trop souvent de ces ressources comme ultime recours pour maintenir les patients en vie, faisant ainsi augmenter les budgets de soins de santé.
Malgré ces raisonnements, les données montrent que la proportion de dépenses de santé allant au traitement des personnes en fin de parcours est restée très stable au fil du temps. iii Aux États-Unis, par exemple, les sommes dépensées dans la dernière année de vie se sont maintenues depuis la fin des années 1960, soit depuis qu’on a mis sur pied le régime d’assurance-santé qui couvre les frais hospitaliers et médicaux des personnes de 65 ans et plus. iv, viii, ix
Quant aux progrès technologiques, le fait est que la plupart des gens meurent sans aucun recours à ces moyens coûteux. i En fait, une importante étude portant sur des patients du Manitoba a révélé que 38 % des aînés de cette province sont morts après un séjour de deux semaines, sinon moins, à l’hôpital x. Par ailleurs, 46 % des bénéficiaires de l’assurance-santé aux États-Unis n’ont reçu aucun traitement hospitalier dans l’année précédant leur décès. xi
Les foyers pour aînés modifient l’équation
La recherche montre que plus les personnes sont âgées à l’heure de leur mort, plus les coûts des traitements qui leur sont prodigués dans la dernière année baissent. v, xii- xiv Par contre, ces personnes semblent profiter dans une plus grande mesure des services offerts dans les foyers pour aînés. x À ce chapitre, des recherches américaines indiquent que les coûts des foyers pour aînés constituent 62 % des dépenses dans les 18 derniers mois de vie pour les personnes qui ont plus de 85 ans à leur mort et 24 % des dépenses pour celles qui meurent entre 65 et 74 ans. xi
En outre, des études récentes sur les foyers pour aînés au Manitoba montrent que parce que les personnes admises dans un foyer passent plus de temps dans la collectivité avant d’entrer dans un foyer, elles sont plus âgées et plus fragiles à leur arrivée et elles meurent après un court séjour. xv, xvi Les recherches manitobaines révèlent que, si les taux d’admission sont restés stables dans cette province, le nombre moyen de jours passés dans un foyer a baissé d’environ 20 % entre 1985 et 1999. xvi

La recherche ne règle pas tout
Il est clair que la recherche dissipe le mythe prétendant que les coûts des soins prodigués aux mourants augmentent et submergent le système de santé. Cependant, il est une question à laquelle la recherche ne répondra jamais, à savoir si les dépenses sont trop élevées — car c’est là une question de valeurs qui ne se règle pas à coup de chiffres.
Même si la société estime que le coût des traitements prodigués aux mourants est trop élevé, on ne voit pas très bien comment remédier à ce problème. La recherche a montré une certaine possibilité de réduction des coûts grâce à l’hospice et à des directives préalables, ii mais il y a d’autres implications politiques fondamentales et sans doute perturbantes qui apparaîtront à mesure qu’on essaiera de décider jusqu’où il faut aller dans les soins en fin de vie et comment on pourrait réduire les coûts afférents.
En définitive, il est difficile de prévoir quels patients recevant un traitement vivront et lesquels décéderont (sauf dans le cas de certaines formes de cancer terminal). Autrement dit, les soins dans la dernière année de vie ne relèvent pas tant de la question de la « dépense pour les mourants » que du simple fait de prodiguer des soins à des malades qui ont de graves problèmes de santé. iv, v, xvii
À bas les mythes est préparé par le personnel de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et publié uniquement après avoir été revu par des spécialistes sur le sujet. La Fondation est un organisme indépendant, sans but lucratif. Les opinions et les intérêts exprimés par les personnes distribuant ce document ne représentent pas forcément ceux de la Fondation.